La production de Jean Ray / John Flanders se place sous le signe d'un dialogue
permanent : entre le fantastique de l'indétermination et l'épouvante ; entre les
langues française et néerlandaise ; entre une Belgique présente par des clichés et
la ligne d'une identité nationale «en creux» ; entre les influences anglo-saxonnes
et germaniques ; entre la construction d'une visée proprement cosmique et l'absence
d'essence du sacré ; entre une tentative de toucher l'unique et le règne de
la répétition ; entre une volonté de reconnaissance littéraire et une obligation de
toucher un large lectorat.
Ces différentes tensions expliquent la possibilité de lire Jean Ray / John Flanders
des deux côtés : sur le plan de la littérature populaire au même titre que sur le
plan d'une recherche de la «littérarité». Ceci établit la singularité d'une production
difficilement assimilable par les instances littéraires. En même temps,
cela ouvre une voie nouvelle de la critique sur Jean Ray / John Flanders : il ne
s'agit plus d'opposer les deux angles d'approches, mais bel et bien de les faire
dialoguer.
Seule une critique capable d'aller au-delà d'une production un peu trop rapidement
statufiée permettra de mettre à nu la complexité et le jeu d'échos de la production
de Jean Ray / John Flanders, d'en explorer les zones d'ombre et les opacités.
Bref, d'opérer de bien étranges croisements d'ombres...