Dans la première édition de Suppôts et Supplications en
1978, Paule Thévenin écrit que cette oeuvre d'Artaud est
«sans doute la plus fulgurante, celle aussi où il s'est
le plus exposé». Elle en souligne par ailleurs la richesse et
la complexité dues notamment à la multiplicité des écritures :
fragmentaires, épistolaires et enfin vocaliques. Pour Paule
Thévenin, cette dernière oeuvre incarne finalement «Le Théâtre
de la Cruauté» tel qu'Artaud l'a toujours pensé.
Près de trente ans plus tard, Évelyne Grossman, rééditant
Suppôts et Suppliciations, insiste également sur sa dimension
théâtrale : «la dramaturgie d'un cri de douleur et de révolte
qu'Artaud met une dernière fois en scène dans ces pages
éblouissantes.» Par ailleurs, elle met en exergue la difficulté
d'une oeuvre qui échappe à toute forme d'unité.
Artaud nous fascine et nous terrifie. Peu d'écritures auront été
aussi loin dans la subversion de toute Loi. Artaud a fait exploser
les limites du langage, comme celles du cri autobiographique.
Et si l'on revient parfois sur la folie d'Artaud, force est de
constater que nous commençons peut-être seulement à le lire.
Dans Suppôts et Suppliciations, Artaud n'a de cesse de tout
disloquer, de désarticuler le corps et la langue, le corps de la
langue. Il exacerbe l'être, atteste d'une douleur qui n'a jamais
repli sur soi, exténuation mais énergie, déchirure de toute
représentation.